Il y a une chose que je n'oublierai pas de mon premier passage à Malapascua : le réveil à 4 h du matin, la nuque humide, le zodiac qui tape sur la houle, et cette question idiote que je me répétais — mais qu'est-ce que je fous là ? Deux heures plus tard, un requin-renard de trois mètres passait à cinq mètres de moi, et la question s'est envolée.
C'est ça, la plongée aux Philippines. Sept mille cent îles, une biodiversité qui laisse la mer Rouge loin derrière, et des spots qui couvrent tous les profils : épaves, macro, pélagiques, récifs. Le problème, c'est qu'entre les listes recyclées d'un site à l'autre, on finit par lire toujours la même chose. Voici ma version — celle d'un type qui y retourne dès qu'il peut, avec les chiffres, les saisons et les vraies galères.
Points clés à retenir
- Tubbataha ne se plonge que de mi-mars à mi-juin, uniquement en croisière — pas de day trip possible.
- Malapascua, c'est le seul endroit au monde où l'on observe le requin-renard de façon quasi certaine (Monad Shoal, départ à l'aube).
- Coron pour les épaves de la Seconde Guerre mondiale, mais attention à la pression touristique sur certains sites.
- Moalboal : le sardine run se fait depuis la plage, à 30 mètres du bord. Aucun bateau nécessaire.
- Anilao, Dauin et Puerto Galera restent les références macro (nudibranches, céphalopodes, crevettes rares).
- Comptez environ 25 à 45 € la plongée selon le site et l'opérateur, matériel souvent en supplément.
Quels sont les meilleurs spots de plongée sous-marine aux Philippines ?
Je vais vous le dire franchement : la réponse dépend de ce que vous cherchez. Si vous voulez du gros, du pélagique, de l'émotion brute, vous n'irez pas au même endroit que quelqu'un qui veut photographier une limace de mer de deux centimètres.
Ma liste repose sur un classement personnel, testé sur le terrain. Je l'ai construite selon quatre critères : la richesse biologique, l'affluence, le budget réel, et la difficulté technique. Inutile de vous envoyer à Tubbataha si vous avez votre Open Water depuis trois semaines.
Tubbataha : le récif qu'il faut mériter
Au cœur de la mer de Sulu, Tubbataha est un parc naturel inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. On y accède uniquement par liveaboard, et seulement pendant une fenêtre courte de l'année. Rien à voir avec un spot qu'on visite sur un coup de tête.
Ce que j'y ai vu ? Des bancs de platax par centaines, des requins de récif à pointe blanche, des tortues imbriquées, et une visibilité qui frôle parfois les quarante mètres. Le corail est intact — c'est rare. Sur la plupart des sites philippins, vous verrez des zones blanchies. Ici, non.
Ce qui coince : le prix. Une croisière de six jours tourne autour de 2 000 à 2 800 € par personne, vols exclus. Et il faut réserver des mois à l'avance, car les places sont limitées par permis.
Malapascua et Monad Shoal : le requin-renard
C'est le spot qui m'a le plus marqué. Pas pour la beauté du récif — il est correct, sans plus. Non, Malapascua, on y va pour une seule raison : le requin-renard, aussi appelé renard de mer.
Monad Shoal est un plateau sous-marin où ces requins viennent se faire nettoyer par des labres à l'aube. Le départ se fait vers 4 h 30. Vous descendez à environ 20-25 mètres, vous vous posez au fond, et vous attendez. Certains jours, ils viennent. D'autres, non. Sur mes trois sorties, j'ai vu l'animal deux fois. Un ami n'a rien vu en quatre tentatives.
Prévoyez au moins deux matins si vous ne voulez pas rentrer bredouille. Et il faut un niveau Advanced : la profondeur et les conditions le justifient.
Baie de Coron : les épaves de la Seconde Guerre mondiale
Le 24 septembre 1944, l'aviation américaine coule une flotte japonaise dans la baie. Aujourd'hui, une dizaine de ces épaves sont plongeables, entre 10 et 40 mètres. Les plus connues : l'Irako, l'Olympia Maru, l'Akitsushima.
On y croise des rascasses volantes, des mérous, parfois un napoléon. Ce qui m'a surpris, c'est la pénétration possible dans certaines épaves — mais il faut une certification wreck et un guide sérieux. J'ai vu des plongeurs sans formation s'engager dans des couloirs étroits. Mauvaise idée.
Le revers de la médaille : Coron devient bondé. En haute saison, comptez cinq à six bateaux sur le même site. L'eau peut être trouble après la saison des pluies, avec une visibilité qui chute sous les dix mètres.
Moalboal : le banc de sardines accessible depuis la plage
Moalboal, c'est le spot le plus facile d'accès de toute la liste. Le fameux sardine run se trouve à trente mètres du bord, à environ six à huit mètres de profondeur. Pas de bateau, pas de courant violent. Vous nagez, et vous êtes dans un mur de millions de sardines qui tourbillonnent.
Franchement, c'est spectaculaire, et c'est aussi devenu très fréquenté. J'y suis allé en basse saison et il y avait déjà du monde. En pleine saison ? Je n'ose imaginer.
Anilao, Dauin et Puerto Galera : la macro
Pour les photographes, c'est ici que ça se passe. Anilao, à trois heures de route de Manille, concentre une densité de nudibranches hallucinante. Dauin, sur l'île de Negros, est réputé pour ses fonds volcaniques noirs et ses céphalopodes. Puerto Galera, plus proche, combine macro et épaves.
Là, on parle de plongées de soixante à quatre-vingt-dix minutes, à faible profondeur, à observer des créatures de quelques millimètres. Ce n'est pas pour tout le monde, et je le dis clairement : si vous cherchez de l'adrénaline, passez votre chemin.
Quelle est la meilleure saison pour plonger aux Philippines ?
C'est la question qu'on me pose le plus souvent, et elle mérite une vraie réponse, pas un « ça dépend ».
Les Philippines connaissent deux saisons : la saison sèche (environ novembre à mai) et la saison des pluies (juin à octobre). En théorie, on plonge toute l'année. En pratique, chaque région a sa fenêtre optimale.
| Région / spot | Meilleure période | Visibilité typique | Température de l'eau |
|---|---|---|---|
| Tubbataha | Mi-mars à mi-juin | 30-40 m | 27-29 °C |
| Malapascua | Décembre à mai | 15-25 m | 26-29 °C |
| Coron | Novembre à mai | 10-25 m | 27-30 °C |
| Moalboal | Toute l'année | 15-30 m | 26-30 °C |
| Anilao / Dauin | Novembre à mai | 10-25 m | 26-29 °C |
Faut-il craindre la saison des pluies ?
Pas forcément. En saison humide, la côte est (Malapascua, Dauin) souffre plus que la côte ouest (Coron, Palawan), mieux protégée. Les typhons sont surtout un risque de juillet à octobre. J'ai plongé à Moalboal en août : eau à 29 °C, visibilité correcte, mais quelques journées perdues à cause du vent.
Autre point qu'on oublie : les prix baissent nettement en basse saison. Une croisière ou un séjour peut coûter 20 à 30 % moins cher.
Quelle combinaison emporter ?
Un shorty de 3 mm suffit largement en saison chaude. En saison des pluies ou pour des plongées répétées, une combinaison intégrale de 5 mm est plus confortable. La thermocline peut faire chuter la température de plusieurs degrés sous les 25 mètres.
Combien coûte la plongée aux Philippines ?
Ici, les Philippines ont un vrai avantage sur l'Égypte ou les Maldives. Les tarifs restent abordables.
- Plongée à l'unité : environ 25 à 45 € selon le site et l'opérateur.
- Forfait de 10 plongées : souvent entre 220 et 350 €.
- Location complète du matériel : environ 10 à 20 € par jour.
- Certification Advanced Open Water : autour de 350 à 450 €.
- Croisière Tubbataha six jours : 2 000 à 2 800 € tout compris à bord.
Attention aux extras : les frais de parc marin, les suppléments nitrox, et parfois des « environmental fees » non annoncés. J'ai eu la mauvaise surprise, à Coron, de payer un supplément que personne n'avait mentionné. Demandez toujours un devis écrit.
Existe-t-il des clubs de plongée francophones ?
Oui. On trouve des instructeurs francophones à Malapascua, Moalboal, Dauin et Puerto Galera, notamment. Ce n'est pas systématique sur tous les sites, donc mieux vaut vérifier avant de réserver si vous n'êtes pas à l'aise avec l'anglais. Pour une formation, ça change tout.
Où voir le requin-baleine aux Philippines ?
Le requin-baleine est un argument marketing énorme, et il faut être honnête sur ce qu'on y trouve.
Deux options principales : Oslob, sur l'île de Cebu, et Donsol, dans la province de Sorsogon. À Oslob, l'observation est quasi garantie — on nourrit l'animal. C'est efficace, mais l'expérience est très encadrée et très fréquentée. À Donsol, on cherche l'animal en bateau, en nageant avec lui s'il apparaît. Moins de certitude, plus de respect animal.
Depuis 2016, le gouvernement philippin a renforcé les règles encadrant l'observation des requins-baleines pour limiter le harcèlement. Mon conseil : si vous voulez du sensationnel avec garantie, Oslob. Si vous préférez une rencontre plus sauvage, Donsol — et acceptez de ne peut-être rien voir.
Logistique : temps de trajet et niveaux requis
Un point que les listes oublient : la logistique. Les Philippines, ce n'est pas un pays où l'on enchaîne les sites en une semaine sans perdre de temps.
| Spot | Depuis Manille | Depuis Cebu | Niveau minimum conseillé |
|---|---|---|---|
| Anilao | 3 h de route | Vol + transfert | Open Water |
| Puerto Galera | 3-4 h (route + bateau) | Vol + transfert | Open Water |
| Coron | Vol 1 h | Vol | Advanced |
| Moalboal | Vol + 3 h de route | 3 h de route | Open Water |
| Malapascua | Vol + 4 h + bateau | 4 h + bateau | Advanced |
| Tubbataha | Vol jusqu'à Puerto Princesa | Vol + embarquement | Advanced + 50 plongées |
Mon conseil le plus utile : ne cherchez pas à tout faire en un voyage. J'ai commis cette erreur une fois. Trois îles en dix jours, dont la moitié passée dans des aéroports et des minivans. Résultat : j'étais fatigué, les plongées se ressemblaient, et j'ai raté l'essentiel. Choisissez deux spots, trois maximum.
Un mot sur la surfréquentation
Coron et Moalboal subissent une pression réelle. Les coraux souffrent, certains sites sont dégradés. Tubbataha reste préservé justement parce que l'accès est restreint. Si l'état des récifs vous importe, privilégiez les opérateurs qui limitent le nombre de plongeurs par bateau et respectent les briefings. Ce n'est pas du militantisme, c'est du bon sens : un récif mort, ça ne se régénère pas en cinq ans.
Mon classement, sans détour
Si je devais n'en garder que trois : Malapascua pour l'émotion du requin-renard, Coron pour les épaves, et Moalboal pour la facilité d'accès et le sardine run. Tubbataha reste un rêve à part, réservé à ceux qui ont le budget et le temps.
Reste une question que personne ne tranche vraiment : combien de temps avant que ces sites ne changent de visage ? J'ai vu Coron évoluer en cinq ans. J'ai vu des coraux blanchir. On parle beaucoup du meilleur spot, rarement de celui qu'on voudra transmettre à la prochaine génération. Plongez, mais plongez proprement.